Publié en 2023 · Mis à jour le 30 juillet 2026 · Par Johan Orsinet, DAF externalisé
En résumé. Une levée de fonds se joue en 7 étapes : comprendre l’opération, chiffrer son besoin, valoriser sa société, construire le dossier, cibler les investisseurs, gérer les échanges jusqu’à la due diligence, puis négocier et signer. En cumulant préparation, roadshow et closing, comptez de l’ordre de 9 à 12 mois. Et soyez lucide sur la sélectivité : un fonds comme Partech reçoit environ 1 000 dossiers par an et conclut 2 deals. Une levée est un marathon, pas un sprint. Voici la méthode que j’applique avec mes clients.
Les 7 étapes d’une levée de fonds
Lever des fonds, c’est convaincre un ou plusieurs investisseurs d’entrer à votre capital en échange d’argent frais. L’opération suit un déroulé balisé. Le voici en synthèse, puis étape par étape.
| Étape | Durée indicative | Livrable |
|---|---|---|
| 1. S’informer et cadrer l’opération | Préparation : environ 2 mois pour les étapes 1 à 5 | Décision de lever, type de tour visé |
| 2. Chiffrer le besoin de financement | Incluse dans la préparation | Montant à lever, plan de financement |
| 3. Valoriser l’entreprise | Incluse dans la préparation | Fourchette de valorisation défendable |
| 4. Construire les documents | Environ 1 mois | Business plan, executive summary, pitch deck |
| 5. Cibler les investisseurs et envoyer | 15 jours à 1 mois pour les premières réponses | Liste qualifiée, dossiers envoyés |
| 6. Gérer les échanges | 3 à 6 mois de roadshow | Lettre d’intention, due diligence |
| 7. Négocier et closer | 3 à 5 mois | Pacte d’actionnaires, fonds encaissés |
Étape 1. S’informer et cadrer l’opération. Une levée fait entrer de nouveaux actionnaires à votre capital. Elle prend le relais quand vos apports et la love money sont épuisés, et que les banques hésitent encore à suivre. Renseignez-vous en amont, notamment auprès de Bpifrance : vous ne vendez pas un produit, vous vendez une participation.
Étape 2. Chiffrer le besoin de financement. Le business plan pose le marché, la concurrence, la stratégie et les objectifs, puis les traduit en prévisions financières. Le plan de financement en déduit le montant à lever, en arbitrant entre capitaux propres et endettement. Visez un chiffre précis, en euros : un besoin flou est le premier signal d’un dossier flou.
Étape 3. Valoriser l’entreprise avant de rencontrer les fonds. Un fonds de capital-risque attend un retour sur investissement sous 5 à 10 ans. Connaître votre valorisation avant lui vous arme pour la négociation et vous permet d’anticiper votre dilution. Les méthodes usuelles sont détaillées plus bas, multiple d’ARR en tête.
Étape 4. Construire les documents. Trois pièces attendues : un business plan aux hypothèses prudentes, idéalement relu par un tiers ; un executive summary de 2 à 3 pages, le premier document lu ; un pitch deck de 12 à 15 slides, répété à voix haute. Le contenu complet, data room comprise, est détaillé dans notre guide du dossier de levée de fonds.
Étape 5. Cibler les investisseurs et envoyer le dossier. En seed et en série A, les fonds de capital-risque entrent le plus souvent en minoritaires. Construisez une liste qualifiée par stade et par secteur, en vous appuyant sur les annuaires de France Invest et de Bpifrance. Envoyez l’executive summary d’abord, le dossier complet ensuite, aux seuls fonds cohérents avec votre profil.
Étape 6. Gérer les échanges. Comptez environ 1 h 30 pour un premier rendez-vous : expliquez simplement, sans noyer votre interlocuteur de détails. Suivent, selon les cas, un accord de confidentialité, une lettre d’intention qui fixe les modalités d’entrée au capital, puis la due diligence, l’audit de vos comptes et de votre juridique. Votre réactivité à ce stade construit la confiance.
Étape 7. Négocier et closer. La négociation aboutit au pacte d’actionnaires : valorisation finale, gouvernance, clauses de sortie. Restent les formalités : assemblée générale d’augmentation de capital, statuts déposés au greffe, publication légale. Le certificat remis par la banque dépositaire des fonds marque la fin officielle de l’opération. Sabrez le champagne, puis retournez exécuter.
Combien de temps dure une levée ?
Trois phases s’additionnent.
La préparation : environ 2 mois. Un mois pour la documentation financière, 15 jours à 1 mois pour cibler les investisseurs et obtenir les premières réponses. Mettez aussi votre site à jour : les fonds vous cherchent sur Google avant de vous répondre.
Le roadshow : 3 à 6 mois. Vous enchaînez les rendez-vous et négociez avec les fonds intéressés. Un fast track de 2 semaines existe, réservé aux dossiers que les investisseurs s’arrachent.
Le closing : 3 à 5 mois. Audit, documentation juridique, pacte d’actionnaires, puis virement des fonds.
Au total, de l’ordre de 9 à 12 mois en cumulant les phases. D’où la règle que je répète à mes clients : lancez le processus au moins 6 à 8 mois avant l’épuisement de votre trésorerie, et suivez cette échéance dans un prévisionnel de trésorerie à jour. Lever en urgence, c’est négocier en position de faiblesse.
Ce que les investisseurs financent vraiment
Chaque tour finance un stade précis. Le pre-seed et le seed financent la preuve du concept et le lancement commercial : c’est l’objet de notre guide pour lever en amorçage. La série A accélère un modèle qui a montré ses premiers résultats. Les séries B, C et D financent le passage à l’échelle, l’international et les acquisitions.
Un fonds n’achète pas votre produit : il achète une trajectoire et une sortie, avec un retour sur investissement attendu sous 5 à 10 ans. D’où deux filtres récurrents. Le marché d’abord : les fonds privilégient les marchés qui dépassent 1 Md€. La valorisation ensuite : elle se discute souvent en multiple d’ARR, le revenu récurrent annuel, corrigé par la règle des 40. Quand croissance et marge d’EBITDA cumulées dépassent 40 %, un multiple supérieur se défend. Les niveaux de multiples observés en 2023 restent des ordres de grandeur : réactualisez-les au moment de votre levée, ils suivent les cycles du marché.
Pourquoi si peu de dossiers passent
Les chiffres des fonds eux-mêmes sont sans appel. Partech reçoit environ 1 000 dossiers par an et conclut 2 deals, sur des tickets de plusieurs millions d’euros. Kima Ventures reçoit environ 500 dossiers par semaine et investit dans une centaine de startups par an, avec des tickets d’environ 150 000 €.
Conclusion pratique : le volume d’envois ne sert à rien, le ciblage fait tout. Un investisseur finance une exécution démontrée : des premiers clients, un début de revenu même minime, et une équipe entière capable de pitcher, pas seulement le fondateur. C’est exactement ce que la due diligence vérifiera ligne à ligne.
Faut-il alors passer par un leveur de fonds ? « Plus de 50 % des deals s’effectuent par l’intermédiaire de leveurs de fonds », estime Pascal Mercier, d’Aelios Finance. L’alternative que je vois fonctionner : dédier une personne à temps plein à la levée, pendant que le reste de l’équipe continue d’exécuter. Une levée qui fait dérailler l’opérationnel se lit dans les chiffres du trimestre suivant.
Faut-il vraiment lever ? Les alternatives
Une levée dilue votre capital et mobilise près d’un an : vérifiez qu’elle est le bon outil. Trois questions me servent de filtre : votre ambition est-elle de construire une grande entreprise, votre solution est-elle réellement innovante, votre modèle peut-il grandir plus vite que ses coûts ? Sinon, tant mieux : les alternatives ne manquent pas.
La première n’en est pas une, c’est un complément : la dette bancaire se prépare en parallèle de la levée, car les fonds propres apportés par les investisseurs augmentent mécaniquement votre capacité d’emprunt. Un effet de levier trop souvent oublié.
Le panorama est ensuite plus large qu’on ne le croit : micro-crédit, aux conditions d’accès plus souples ; préventes et précommandes, qui testent la demande avant de produire ; financement de commandes, où un financeur avance les coûts de production jusqu’au paiement du client ; crowdfunding, business angels, concours d’entrepreneurs, crédit fournisseurs auprès de vos partenaires stratégiques, incubateurs. Pour arbitrer entre capital et dette, notre guide du financement dilutif et non dilutif pose les définitions et les critères.
Le rôle du DAF dans une levée
Sur les levées que j’accompagne, mon rôle couvre quatre chantiers. Cadrer le besoin et construire un modèle financier qui tienne en due diligence. Préparer la data room avant que les fonds ne la réclament. Accompagner les rendez-vous et les allers-retours de la négociation, jusqu’au pacte. Puis, une fois les fonds encaissés, installer le reporting investisseurs qui conditionne la relation, et le tour suivant.
Concrètement, l’accompagnement démarre par un diagnostic facturé dès 1 800 € HT, déduit si nous poursuivons ensemble. Le pilotage en continu se situe entre 1 500 et 3 500 € HT par mois selon l’intensité de la mission. Pour comprendre le périmètre du métier, deux lectures : notre page CFO startup et le guide du DAF externalisé.
FAQ : comment lever des fonds
Combien de temps dure une levée de fonds ?
De l’ordre de 9 à 12 mois en cumulant les phases : environ 2 mois de préparation, 3 à 6 mois de roadshow, puis 3 à 5 mois de closing juridique. Lancez le processus au moins 6 à 8 mois avant l’épuisement de votre trésorerie.
Quel montant faut-il lever ?
Le montant sort de votre plan de financement, pas de l’ambiance du marché : il couvre le besoin chiffré par le business plan, en arbitrant entre capitaux propres et endettement. Ne le minorez pas pour paraître raisonnable : un besoin sous-évalué prépare une levée d’urgence dans de mauvaises conditions.
Faut-il passer par un leveur de fonds ?
C’est fréquent : selon Pascal Mercier, d’Aelios Finance, plus de 50 % des deals s’effectuent par l’intermédiaire de leveurs de fonds. L’alternative crédible consiste à dédier une personne à temps plein à la levée, pendant que le reste de l’équipe continue d’exécuter.
Combien coûte un accompagnement de levée par un DAF externalisé ?
Chez Advimotion, le diagnostic initial est facturé dès 1 800 € HT, déduit si nous poursuivons ensemble. Le pilotage en continu se situe entre 1 500 et 3 500 € HT par mois selon l’intensité de la mission.
Peut-on lever des fonds sans chiffre d’affaires ?
Oui, en pre-seed et en amorçage : des fonds comme Kima Ventures investissent très tôt, avec des tickets d’environ 150 000 €. Mais le bon moment reste celui où vous démontrez une première exécution : des premiers clients et un début de revenu, même minime.
Vous préparez une levée ? Cadrons ensemble le besoin, le calendrier et le dossier : réservez un diagnostic offert de 30 minutes.
Johan Orsinet est DAF externalisé et fondateur d’Advimotion (Paris 8e). Ancien de la banque d’affaires, il a accompagné plus de 10 M€ de levées de fonds et construit plus de 100 business plans pour des startups et PME. LinkedIn
