Publié en 2020 · Mis à jour le 30 juillet 2026 · Par Johan Orsinet, DAF externalisé
En résumé. Un financement dilutif s’échange contre une part de votre capital : l’investisseur devient actionnaire et votre pourcentage de détention baisse. Un financement non dilutif alimente votre trésorerie sans rien céder du capital : subventions, prêts, crédits d’impôt. Les ordres de grandeur : un business angel investit en moyenne 20 000 €, un club de business angels 100 000 à 500 000 €, et une Bourse French Tech apportait jusqu’à 30 000 € de subvention sans prendre une seule action.
Les deux familles de financement
Tout financement d’entreprise appartient à l’une de ces deux familles. Le financement dilutif ouvre votre capital : un investisseur apporte de l’argent et reçoit des actions en échange. Le financement non dilutif alimente vos disponibilités, c’est-à-dire votre compte en banque, sans créer d’actionnaire. Cette distinction commande tout le reste : qui décide chez vous, qui touche les gains futurs, et ce que vaudra votre part le jour d’une vente.
| Famille | Ce qu’on cède | Ce que ça coûte | Quand c’est adapté |
|---|---|---|---|
| Dilutif : business angels, fonds, crowdequity, corporate venture | Des parts du capital, donc une fraction du pouvoir de décision et des gains futurs | Rien à rembourser, mais une dilution définitive de votre pourcentage de détention | Dès les premiers signes de traction : amorçage, puis décollage |
| Non dilutif : subventions, prêts, crédits d’impôt, crowdfunding en don | Rien au capital | Des intérêts et un remboursement pour les prêts, des dossiers à monter pour les aides | Dès la création, pour financer la R&D et les prototypes, puis en appui à chaque stade |
Les deux familles ne s’opposent pas, elles se séquencent. Dans mes missions, la vraie question d’un plan de financement n’est jamais « dilutif ou non dilutif », c’est « lequel en premier, et pour financer quoi ».
Le financement dilutif : qui investit et combien
Quatre profils d’investisseurs peuvent entrer à votre capital.
Les business angels. Des investisseurs individuels, souvent des cadres ou d’anciens entrepreneurs, qui placent leur propre argent. Le ticket moyen : 20 000 € pour un business angel seul, 100 000 à 500 000 € quand ils investissent en club. Ils interviennent surtout en phase d’amorçage, quand les fonds jugent le dossier trop précoce.
Les fonds de capital-investissement. Ils couvrent chaque stade de la vie d’une société non cotée : capital amorçage à la création et aux premiers signes de traction, capital-risque quand le chiffre d’affaires devient récurrent, capital développement quand il faut se déployer sur un plus grand marché ou s’internationaliser. Un fonds de capital-risque revend en général ses parts 3 à 7 ans plus tard, en visant une plus-value.
Les corporate ventures. Des fonds créés par de grandes entreprises, qui utilisent leurs disponibilités pour investir dans des startups de leur secteur d’activité. L’intérêt y est autant industriel que financier.
Le crowdequity. Le financement participatif avec prise de participation : vous mobilisez l’épargne de particuliers, qui deviennent actionnaires via une plateforme.
Dans tous les cas, le prix est le même : votre pourcentage de détention baisse à chaque tour. Avant d’ouvrir votre capital, chiffrez ce que vous cédez, c’est l’objet de notre article sur la dilution en levée de fonds. Et pour construire votre liste de cibles, commencez par comment trouver des investisseurs.
Le financement non dilutif : subventions, prêts et dispositifs
La famille non dilutive est plus large qu’on ne le croit. Cinq catégories la composent.
Les subventions et bourses. De l’argent versé sous conditions, sans remboursement ni prise de capital. La plus connue des startups : la BFT, Bourse French Tech de Bpifrance, réservée aux entreprises innovantes de moins d’un an, de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour une aide pouvant atteindre 30 000 € au moment de la publication d’origine. Notre guide détaille comment obtenir des subventions.
Les avantages fiscaux. Le statut JEI, jeune entreprise innovante, ouvre un allégement fiscal et des exonérations sociales aux entreprises de moins de 8 ans qui consacrent 15 % de leurs charges à la R&D, dans la version d’origine du dispositif. Le CIR, crédit d’impôt recherche, finance jusqu’à 30 % des dépenses de R&D et se déduit directement de l’impôt. Le CII, crédit d’impôt innovation, joue le même rôle sur les dépenses d’innovation, autour de 20 %.
Les prêts. Le prêt d’honneur, remboursable à taux zéro, accordé notamment par Réseau Entreprendre ou Initiative France. Le prêt bancaire classique, qui reste non dilutif : il se rembourse, il ne se paie pas en actions. Et le crowdlending, un prêt souscrit auprès d’épargnants plutôt qu’auprès d’une banque.
Le crowdfunding en don, avec ou sans contrepartie, souvent un produit ou un goodies. Double intérêt : financer, et tester la demande réelle du marché.
La love money. Les capitaux apportés par la famille et les amis. Peu spectaculaire, mais c’est souvent le premier argent qui entre, au moment où personne d’autre ne signe.
Un avertissement de DAF : les critères exacts de ces dispositifs évoluent d’une loi de finances à l’autre. Plafonds, taux, seuils de dépenses : en mission, je vérifie tout au moment de monter le dossier, jamais de mémoire.
Le lexique de la levée de fonds
Les dix termes qui reviennent dans tous les rendez-vous investisseurs, en une ligne chacun.
| Terme | Définition |
|---|---|
| Love money | Les capitaux apportés par la famille et les amis, souvent le tout premier financement d’un projet. |
| PE (Private Equity) | Le capital-investissement : l’investissement dans des sociétés non cotées, du capital amorçage au capital retournement. |
| VC (Venture Capital) | Fonds de capital-risque qui investit dans des startups et revend ses parts 3 à 7 ans plus tard en visant une plus-value. |
| LP (Limited Partner) | Souscripteur d’un fonds : institution financière, grand groupe, fonds de pension ou particulier fortuné qui apporte l’argent que le VC investit. |
| BA (Business angel) | Investisseur individuel qui place son propre argent, autour de 20 000 € par ticket, souvent en amorçage. |
| Licorne | Startup non cotée valorisée à 1 milliard de dollars ou plus, moins de 10 ans après sa création. |
| BFT (Bourse French Tech) | Subvention Bpifrance pour les très jeunes entreprises innovantes, jusqu’à 30 000 € au moment de la publication d’origine. |
| JEI (Jeune Entreprise Innovante) | Statut ouvrant allégement fiscal et exonérations sociales aux entreprises de moins de 8 ans investissant 15 % de leurs charges en R&D. |
| CIR (Crédit d’Impôt Recherche) | Crédit d’impôt couvrant jusqu’à 30 % des dépenses de R&D, déduit de l’impôt sur les sociétés ou sur le revenu. |
| CII (Crédit d’Impôt Innovation) | Le pendant du CIR pour les dépenses d’innovation, autour de 20 %. |
Pour les dispositifs publics, retenez le principe plus que le chiffre : les montants et seuils de ce lexique sont ceux de la publication d’origine, et se vérifient au moment du dossier.
Comment les combiner par stade
Le bon financement dépend moins de vos préférences que de votre stade. La séquence que je recommande en mission suit presque toujours le même ordre.
À la création. Tout est non dilutif : concours, prêts d’honneur, subventions, incubateurs, love money. C’est la phase où l’on finance la recherche et les prototypes, avant les premières ventes. Une campagne de crowdfunding en don permet en plus d’estimer la demande du marché.
En amorçage. Les premières ventes arrivent, la traction est faible mais réelle. C’est le moment des business angels et des fonds d’amorçage : le dilutif entre en scène.
Aux premiers succès. Le chiffre d’affaires annuel augmente de façon constante. Fonds de capital-risque, corporate ventures et crowdequity prennent le relais.
Au décollage. Le capital développement finance le déploiement sur un plus grand marché et l’internationalisation.
Deux réflexes de DAF pour garder le contrôle de votre capital. D’abord, utiliser le non dilutif comme levier : lever un maximum de financement public non dilutif, puis s’en servir d’apport pour obtenir un prêt bancaire du même montant. Chaque euro public travaille deux fois, sans céder une action. Ensuite, caler chaque financement sur un prévisionnel de trésorerie : subventions et crédits d’impôt se versent avec des délais, et une aide promise ne paie pas les salaires du mois. Quand la levée devient le bon outil, le déroulé complet est dans comment lever des fonds en 7 étapes. Et pour comprendre qui pilote ce séquençage dans une startup, le guide du DAF externalisé est le bon point de départ.
FAQ : financement dilutif et non dilutif
C’est quoi un financement dilutif ?
Un financement qui s’échange contre des parts de capital : business angels, fonds de capital-investissement, crowdequity, corporate venture. De nouveaux actionnaires entrent, votre pourcentage de détention baisse, et cette dilution est définitive.
Le prêt bancaire est-il un financement dilutif ?
Non. Un prêt se rembourse avec intérêts mais ne donne aucune part de capital : il est non dilutif. Beaucoup d’entrepreneurs utilisent d’ailleurs leurs financements publics comme apport pour obtenir un prêt bancaire du même montant, sans dilution.
Quelles subventions pour une startup ?
La plus connue est la Bourse French Tech de Bpifrance, qui visait les entreprises innovantes de moins d’un an avec une aide pouvant atteindre 30 000 €. S’y ajoutent les concours, les prêts d’honneur à taux zéro et les avantages fiscaux comme le CIR ou le statut JEI. Les critères exacts évoluent : vérifiez-les au moment de monter votre dossier.
Peut-on cumuler financement dilutif et non dilutif ?
Oui, et c’est même la règle du jeu : le non dilutif finance la création et la recherche, sert d’apport pour un prêt bancaire, puis la levée de fonds intervient quand la traction du marché se confirme. Ce séquençage limite la dilution à chaque étape.
Qu’est-ce que le statut JEI ?
La Jeune Entreprise Innovante est un statut qui ouvre un allégement fiscal et des exonérations sociales aux jeunes entreprises : moins de 8 ans d’existence et 15 % des charges consacrées à la recherche, dans la version d’origine du dispositif. Les seuils en vigueur se vérifient au moment de la demande.
Vous construisez votre plan de financement ? Parlons du bon mix avant d’ouvrir votre capital : réservez un diagnostic offert de 30 minutes.
Johan Orsinet est DAF externalisé et fondateur d’Advimotion (Paris 8e). Ancien de la banque d’affaires, il a accompagné plus de 10 M€ de levées de fonds et construit plus de 100 business plans pour des startups et PME. LinkedIn
