Cash burn et runway : les calculer, les piloter


Publié le 3 août 2026 · Mis à jour le 3 août 2026 · Par Johan Orsinet, DAF externalisé

En résumé. Le burn net est ce que votre entreprise consomme de trésorerie chaque mois (décaissements moins encaissements) ; le runway est le nombre de mois qu’elle peut tenir à ce rythme (trésorerie divisée par burn net moyen). Deux formules simples, et pourtant la plupart des calculs que je vois en diagnostic sont faux : burn calculé sur le compte de résultat, runway qui ignore les embauches déjà signées, moyenne sur un seul mois. Cet article donne les formules exactes, un exemple chiffré, les pièges, et les paliers d’action que j’applique en mission : au-dessus de 12 mois on pilote, sous 6 mois tout change.

Les définitions, sans jargon

Le burn brut est le total des sorties de cash du mois : salaires, loyers, fournisseurs, TVA reversée, échéances d’emprunt, investissements. Il mesure la taille de votre structure de coûts. Le burn net soustrait les encaissements du mois : c’est la variation réelle de votre trésorerie, ce que l’entreprise consomme une fois tout compté. Une entreprise rentable a un burn net négatif : elle génère du cash au lieu d’en brûler.

C’est le burn net qui détermine le runway, mais le brut garde un rôle : c’est votre exposition maximale. Si un gros client paie en retard ou si les signatures glissent, le burn net remonte vers le brut. L’écart entre les deux mesure votre dépendance aux encaissements du mois : plus il est mince, plus vous êtes autonome ; plus il est large, plus votre runway est fragile.

Le calcul, sur un exemple chiffré

Donnée Montant Lecture
Trésorerie disponible, tous comptes 380 000 € Le point de départ, consolidé
Décaissements moyens (3 derniers mois) 140 000 € / mois Le burn brut
Encaissements moyens (3 derniers mois) 95 000 € / mois Ce qui rentre réellement
Burn net 45 000 € / mois 140 000 − 95 000 : la consommation réelle
Runway 8,4 mois 380 000 ÷ 45 000 : l’autonomie à rythme constant

Deux règles de calcul font la différence entre un chiffre fiable et un chiffre décoratif. D’abord, la moyenne sur 3 mois : un mois isolé ment toujours (trimestre de TVA, prime annuelle, gros encaissement exceptionnel), et un burn calculé sur le seul mois dernier fait osciller le runway de plusieurs mois d’un calcul à l’autre. Ensuite, les flux bancaires réels : le burn se lit sur les comptes, jamais sur le compte de résultat.

Les 3 pièges qui faussent la plupart des calculs

Le burn calculé sur le P&L. Le compte de résultat ignore la TVA, étale les investissements en amortissements, et ne voit pas les remboursements d’emprunt. Une entreprise peut afficher une perte comptable modérée et brûler bien davantage en cash, ou l’inverse. Le résultat net et le burn net sont deux instruments différents, et c’est le second qui dit combien de temps vous tenez.

Le runway qui ignore les engagements pris. Trois embauches signées qui arrivent dans deux mois, un loyer qui augmente à l’échéance du bail : votre burn actuel ne les voit pas encore, votre runway réel si. Le calcul qui compte est le runway pro forma : trésorerie divisée par le burn futur, engagements inclus. C’est régulièrement plusieurs mois de moins que le calcul naïf, et ce sont ces mois-là qui manquent au pire moment.

Confondre runway et point bas. Le runway est une division ; la trésorerie, elle, ne descend pas en ligne droite. Un trimestre de TVA, une échéance sociale et deux encaissements décalés peuvent créer un point bas critique bien avant l’épuisement théorique. Le runway donne l’horizon, le prévisionnel donne la date exacte du danger : les deux se complètent, et la méthode du point bas est détaillée dans Prévisionnel de trésorerie : la méthode pas à pas.

Les paliers de pilotage que j’applique en mission

Runway Lecture L’action
Plus de 12 mois Zone de pilotage On investit, on recrute, on suit le burn en revue mensuelle
12 à 6 mois Fenêtre de décision Si une levée est le plan, elle se lance maintenant : le process demande 6 à 8 mois d’avance sur l’épuisement
6 mois Le seuil où tout change Gel des dépenses non engagées, scénario de stress systématique, options non dilutives activées
Moins de 3 mois Crise Prévisionnel hebdomadaire, priorisation de chaque décaissement, accompagnement rapproché

Le seuil des 6 mois est celui que j’applique systématiquement dans le tableau de bord financier de mes clients : en dessous, chaque décision passe par le filtre du cash, et c’est le runway qui conditionne toutes les autres lignes du tableau. Le repère des 6 à 8 mois pour lancer une levée vient du terrain : c’est la durée réelle d’un process, détaillée étape par étape dans Comment lever des fonds en 7 étapes. La question de fond derrière ces paliers a été posée par Paul Graham dans son essai de 2015 « Default alive or default dead » : à trajectoire constante, votre entreprise atteint-elle la rentabilité avant zéro ? Si la réponse est non et qu’aucun financement n’est en route, le sujet n’est pas le calcul du runway, c’est le plan pour en sortir.

Trésorerie projetée sur 12 mois en trois scénarios : le point bas du scénario stress donne la date limite pour agir
Burn net, runway et point bas projeté dans le cockpit : le calcul se met à jour en continu, pas au prochain reporting.

Prolonger le runway sans lever : les trois familles de leviers

Encaisser plus vite. Acomptes systématiques, facturation le jour de la livraison, relances automatisées : chez mes clients, le process J+7 / J+15 / J+30 a réduit l’encours échu d’environ 38 % en 90 jours, et chaque euro d’encours récupéré est un euro de runway. Le dispositif complet est dans Relances d’impayés : le process en 3 paliers.

Décaisser moins, ou plus tard. Revue des abonnements et des dépenses récurrentes, renégociation des échéances fournisseurs, gel des embauches non critiques. La règle honnête : couper tôt et une fois, plutôt que tard et quatre fois. Une coupe décidée à 9 mois de runway est un ajustement ; la même à 3 mois est un signal de détresse que clients, équipes et investisseurs lisent immédiatement.

Ajouter du cash sans diluer, ou en différant la valorisation. Subventions, financements publics et prêts se travaillent avant d’en avoir un besoin urgent : un dossier bancaire se construit sur des comptes propres. Et entre deux tours, quand la trésorerie devient juste, un BSA AIR peut prolonger l’horizon jusqu’à la prochaine levée : le mécanisme, décote et plafond compris, est détaillé dans Bons de souscription d’actions : le BSA AIR.

Calculez le vôtre maintenant

Le calculateur cash et runway d’Advimotion, gratuit et sans inscription, fait le calcul complet en cinq minutes : burn brut, burn net, runway simple et pro forma. Ensuite, la vraie étape est de le rendre permanent : chez mes clients, le cockpit recalcule burn et runway en continu depuis les comptes bancaires, et le chiffre vit dans le tableau de bord au lieu de renaître à chaque board. Un runway calculé une fois est une photo ; suivi en continu, c’est un instrument de navigation.

Questions fréquentes

Comment calculer le cash burn ?

Burn net = décaissements moins encaissements du mois, sur les flux bancaires réels, lissé sur 3 mois. Jamais sur le compte de résultat : TVA, CAPEX et emprunts lui échappent.

Comment calculer le runway ?

Trésorerie disponible divisée par le burn net moyen des 3 derniers mois. Exemple : 380 000 € ÷ 45 000 € = 8,4 mois. Complétez par le runway pro forma, engagements signés inclus.

Quelle différence entre burn brut et burn net ?

Le brut totalise les sorties : la taille de la structure de coûts. Le net soustrait les entrées : la consommation réelle. Le net détermine le runway ; le brut mesure votre exposition si les encaissements décrochent.

Quel runway faut-il viser ?

Au-dessus de 12 mois on pilote, sous 6 mois tout change. Une levée se lance avec 6 à 8 mois de process devant soi, et les investisseurs raisonnent couramment en 18 à 24 mois de runway après le tour.

Pour situer ce chantier dans une mission complète, voir DAF externalisé : le guide complet 2026.

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Johan Orsinet est DAF externalisé et fondateur d’Advimotion. Ex-banque d’affaires et ex-fonds d’investissement, il accompagne depuis 8 ans des PME et startups en direction financière : plus de 10 M€ levés pour ses clients, plus de 100 business plans construits. LinkedIn