Publié en 2020 · Mis à jour le 30 juillet 2026 · Par Johan Orsinet, DAF externalisé
En résumé. Un contrat de leveur de fonds combine une rémunération fixe, qui couvre la préparation du dossier et de la valorisation, et un success fee calculé en pourcentage du montant levé, versé si l’opération aboutit. Le mandat court le plus souvent sur 6 mois à 1 an, avec des clauses de confidentialité, d’exclusivité et de transparence qui méritent une lecture attentive. J’ai exercé ce métier avant de devenir DAF externalisé : voici ce que ces contrats contiennent vraiment, et les situations où vous pouvez vous en passer.
Ce que fait un leveur de fonds, concrètement
Le leveur de fonds est un intermédiaire entre l’entreprise qui cherche des capitaux et les investisseurs susceptibles d’y entrer. Réduire ce métier à un carnet d’adresses serait injuste : les bons leveurs ne font pas que des introductions, ils vendent un produit d’investissement à haut risque, ce qui suppose de croire au potentiel de la société et de son équipe. Leur premier travail : apprendre au dirigeant à vendre son projet pour convaincre et inspirer confiance.
La mission commence par une recherche approfondie sur le marché et sur la société. Vient ensuite la documentation : pitch deck et ses déclinaisons (teaser, one-pager), business plan avec un prévisionnel à 5 ans dont chaque hypothèse doit être justifiée et alignée sur le marché, calcul de valorisation, puis l’assemblage du dossier de levée de fonds complet. Suit le ciblage : les meilleurs leveurs sélectionnent les investisseurs selon leur appétence sectorielle et le stade de développement, au lieu d’arroser toute la place. Le métier exige une triple expertise, financière, juridique et stratégique, et une communication mesurée : un leveur sérieux ne garantit jamais le résultat, il maximise une probabilité.
Le segment où la question se pose avec le plus d’acuité est l’amorçage et le pre-série A. Le financement des jeunes entreprises s’est professionnalisé au cours de la dernière décennie, mais cette phase de « pre-scale up » reste risquée et difficile à financer, surtout quand un premier tour a déjà eu lieu. Les business angels y investissent des tickets moyens d’environ 20 000 € : dès que le besoin dépasse quelques tickets, il faut convaincre de nombreux investisseurs individuels ou se tourner vers des fonds. C’est là que l’intermédiation prend son sens, et c’est aussi le stade où d’autres voies existent, détaillées dans notre guide pour lever en amorçage.
La rémunération : fixe, success fee et ordres de grandeur
La rémunération d’un leveur de fonds repose sur deux étages complémentaires.
| Composante | Ce qu’elle couvre | Comment elle se calcule |
|---|---|---|
| Rémunération fixe | Création ou refonte de la documentation (pitch deck, business plan), préparation du pitch, calcul de valorisation, conseil sur la structuration du modèle | Un forfait établi selon le stade de développement de l’entreprise et sa capacité financière, souvent à partir d’une grille multicritères |
| Success fee | La réussite de l’opération elle-même | Un pourcentage du montant levé, souvent dégressif par tranches, versé uniquement si les fonds sont effectivement levés |
Le fixe rémunère un travail réel, fourni que la levée aboutisse ou non. Le success fee est une véritable incitation : le leveur gagne surtout si vous gagnez. Aucun chiffre unique ne résume le marché : fixe et taux de success fee dépendent du stade, du montant recherché et de la difficulté du dossier. Exigez que le contrat écrive noir sur blanc le taux, son assiette exacte et son éventuelle dégressivité par tranches.
Les clauses qui comptent
La durée. Un mandat court typiquement de 6 mois à 1 an ; selon le stade de développement, le besoin de financement et le type de projet, l’accompagnement peut s’étendre sur plusieurs années. Le déroulé se découpe en trois phases : environ 3 mois pour la documentation et la préparation du pitch, 3 à 6 mois de rendez-vous et d’échanges avec les investisseurs, puis 3 à 5 mois de négociation et de finalisation. Un process complet demande environ 6 mois en moyenne : une durée contractuelle trop courte est irréaliste, une durée sans porte de sortie vous enferme.
L’exclusivité et le périmètre des investisseurs. Vérifiez si le mandat est exclusif, et sur quel périmètre. Le contrat doit préciser le sort des investisseurs que vous avez identifiés vous-même : déclenchent-ils le success fee ? Et pendant combien de temps, après la fin du mandat, un investisseur présenté par le leveur reste-t-il dans son périmètre ? Ces points se négocient avant la signature, jamais après.
La confidentialité. Le contrat intègre un accord de non-divulgation, le NDA, qui protège les intérêts des deux parties : les échanges d’informations sont exclusifs et confidentiels, la divulgation à des tiers est interdite, et des dispositions d’application sanctionnent les manquements.
L’obligation de transparence. Elle joue dans l’autre sens : vous vous engagez à fournir des informations exactes et sincères, et à informer le leveur de tout événement significatif touchant l’activité, les effectifs, la trésorerie ou la position de marché. Un leveur qui découvre un problème en même temps que l’investisseur, en pleine due diligence, ne peut plus vous protéger.
Les conditions de sortie. Prévoyez la fin avant le début : modalités de résiliation, sort du fixe déjà versé, sort du success fee si un investisseur présenté pendant le mandat investit après la rupture. Un contrat clair sur ce point est le signe d’un professionnel.
Les questions à poser avant de signer
Les pratiques des meilleurs leveurs donnent une grille simple pour évaluer celui que vous avez en face :
1. Ses références sont-elles vérifiables ? Opérations récentes, secteurs, stades. Demandez à parler aux fondateurs accompagnés.
2. Comment dérisque-t-il le dossier avant d’approcher les investisseurs ? Les meilleurs sécurisent des preuves : validations clients, accords de principe sur prototype ou maquette, liste de prospects prêts à payer pour la solution.
3. Pré-valide-t-il la valorisation ? Tester les hypothèses auprès d’investisseurs de confiance avant le tour officiel évite une valorisation gonflée, qui se retourne contre vous : des seuils non atteints préparent un tour suivant dilutif.
4. Son ciblage est-il sélectif ? Une sélection par appétence sectorielle et par stade vaut mieux qu’un envoi en masse qui abîme votre signature sur la place.
5. Qui fait quoi jusqu’à la LOI ? La lettre d’intention est le plan contractuel du tour, elle en fixe les clauses engageantes. Sa relecture mérite un avocat d’affaires, un investisseur de confiance ou un cabinet de conseil : clarifiez qui la négocie.
6. Que promet-il ? Une levée ne se garantit jamais, un bon process en maximise la probabilité. Pendant le mandat, votre premier métier reste l’exécution : réussir sa levée est plus simple que réussir son entreprise.
Pour situer ces questions dans l’ensemble de l’opération, le déroulé complet est décrit dans comment lever des fonds en 7 étapes.
Leveur de fonds ou DAF externalisé : comment choisir
J’ai commencé comme leveur de fonds avant de devenir DAF externalisé, et Advimotion est né de ce métier. Je n’en ai pas changé parce que l’intermédiation ne vaut rien : la plupart des dossiers que je voyais échouer ne manquaient pas de contacts, mais de chiffres capables de tenir une due diligence. Les deux métiers sont complémentaires, le bon choix dépend de votre tour.
| Votre situation | L’option la plus pertinente |
|---|---|
| Tour visant des fonds auxquels vous n’avez aucun accès | Le leveur se justifie : le réseau et l’intermédiation sont le cœur de sa valeur |
| Dirigeant saturé, incapable de porter des mois de process en plus de l’exécution | Le leveur se justifie : il orchestre le process et vous rend du temps |
| Amorçage ou pre-série A auprès de business angels et de votre réseau | Une direction financière suffit : l’enjeu est la qualité du dossier et la préparation des rendez-vous, pas l’intermédiation |
| Chiffres fragiles, valorisation non testée, prévisionnel improvisé | Un DAF d’abord : sans fondations financières, même le meilleur leveur part handicapé |
| Besoin mêlant levée, financements non dilutifs et pilotage au quotidien | Une direction financière : la levée n’est qu’une brique de votre financement |
Sur une levée, un DAF externalisé construit le business plan et le prévisionnel, structure la valorisation, prépare la data room et vous accompagne jusqu’à la lettre d’intention, en vous laissant la relation directe avec vos investisseurs. Chez Advimotion, cela commence par un diagnostic facturé dès 1 800 € HT, déduit si nous poursuivons ensemble, puis un pilotage mensuel entre 1 500 et 3 500 € HT par mois selon l’intensité, détaillé sur notre page CFO pour start up. Et si votre tour justifie un leveur, un dossier préparé par un DAF est le meilleur point de départ pour bien travailler avec lui.
FAQ : contrat de leveur de fonds
Combien coûte un leveur de fonds ?
La rémunération combine un fixe, qui couvre la préparation de la documentation, du pitch et de la valorisation, et un success fee calculé en pourcentage du montant levé, souvent dégressif par tranches. Le niveau de chacun dépend du stade de l’entreprise, du montant recherché et de la difficulté du dossier.
Le success fee est-il négociable ?
Oui, comme l’ensemble des paramètres du contrat : taux, assiette, dégressivité par tranches, articulation avec le fixe et sort des investisseurs que vous apportez vous-même. Négociez avant la signature : une fois le mandat lancé, vous n’avez plus de levier.
Quelle est la durée d’engagement d’un contrat de leveur de fonds ?
Le mandat type court sur 6 mois à 1 an, parfois plusieurs années selon le stade et le type de projet. Comptez environ 3 mois de préparation du dossier et du pitch, 3 à 6 mois de rendez-vous avec les investisseurs, puis 3 à 5 mois de négociation et de finalisation.
Peut-on lever des fonds sans leveur ?
Oui, et c’est fréquent en amorçage : quand les investisseurs visés sont des business angels ou votre réseau, l’enjeu est moins l’intermédiation que la qualité du dossier et la préparation des rendez-vous. Le leveur devient pertinent quand le tour vise des fonds auxquels vous n’avez pas accès.
Un DAF externalisé peut-il faire le travail d’un leveur ?
Sur la préparation, oui : business plan, valorisation, dossier investisseurs et négociation jusqu’à la lettre d’intention font partie du métier de DAF. La différence tient au démarchage des investisseurs et au réseau, cœur du métier de leveur. Pour beaucoup de tours d’amorçage, une direction financière suffit.
Vous préparez une levée ? Avant de signer un mandat, faites relire votre dossier et votre calendrier par un DAF qui a exercé le métier de leveur : réservez un diagnostic offert de 30 minutes.
Johan Orsinet est DAF externalisé et fondateur d’Advimotion (Paris 8e). Ancien de la banque d’affaires, il a accompagné plus de 10 M€ de levées de fonds et construit plus de 100 business plans pour des startups et PME. LinkedIn
